CHETAIBI-NOSTALGIE

TAKOUCH par M.A. GOUJON

 

 

BULLETIN N°12

DE L'ACADÉMIE D'HIPPONE

SOCIÉTÉ DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES

ET D'ACCLIMATATION

1876

TAKOUCH

SES ROCHES ET SES PIERRES FINES

Par M. A. GOUJON.

Il n'y a certainement pas en Algérie de village plus pauvre que le village d'Herbillon. Il n'y en a guère non plus dont le site soit plus charmant ; l'aspect verdoyant et accidenté des montagnes s'y trouve réuni à l'horizon sans fin de la mer.

 

Malgré leurs travaux incessants, les habitants n' y sont riches que d'espérances. Quelques-uns croient à l'existence du trésor de la grotte de Takouch, basée sur une curieuse tradition des Maures de Bône, et qui a déjà donné lieu à des recherches assez coûteuses, restées naturellement sans autre résultat que de laisser subsister l'espérance de sa découverte. Les autres, et c'est la grande majorité, sont persuadés que leur sol de rocher renferme des mines, dont, il faut en convenir, il n'a jusqu'à présent été rencontré aucune trace, car on ne peut prendre pour mine métallique le dépôt, assez considérable, à qu'il paraît, de sulfure de fer, sperkise, que la mer vient battre à deux ou trois kilomètres an sud-est des ruines de l'ancienne Takatua. Ce serait plutôt une mine de souffre qu'une mine de fer.

Cette localité est surtout riche de la diversité des roches volcaniques qui s'y rencontrent. Le basalte dur, ou quelquefois altéré, en couches concentriques autour d'un noyau rond, y forme le Ras-Takouch qui s'élargit dans la mer et point au sud un mamelon de trachyte renfermant des calcédoines et de l'opale sous diverses formes.

La dolomie brune s'y rencontre sur le bord de la mer, non loin d'une roche qu'on a appelée porphyre vert, mais qui est en réalité une diorite, granitoïde à la partie inférieure, et porphyroïde à la partie supérieure. Cette diorite, dont on fait les bordures de trottoirs à Bône, constitue le massif le plus élevé de la localité et s'étend fort loin.

Entre ce massif et la dolomie il existe une argile grise qui contient encore les débris du schiste aux dépens duquel elle a été formée. Ces débris sont apparents dans la partie inférieure, au bord de la mer, Cette argile, dans laquelle on a trouvé des sulfures de fer en forme d'amande, devient rougeâtre auprès du village. Elle .est mobile, glissante, et ferme un embarras pour les constructeurs obligés de s'y établir.

Au-dessus des trachytes, et parfois mêlés avec eux, on trouve une roche à cassure conchoïde et lisse, paraissant se rapprocher de la serpentine, et qui est entourée d'une argile siliceuse jaune assez tendre, accompagnant souvent la serpentine, et contenant, dans certaines localités, des silex colorés, tels que des cornalines et des sardoines qui se trouvent ici avec de l'opale.

 

Sous le trachyte est un banc de quartzite très compacte et très fin, de couleur gris verdâtre foncé, aussi dur que le silex, dans lequel j'ai trouvé de belles opales du genre dit du. Mexique. S'il y avait des mines dans ces contrées, c'est peut-être sous ou dans ce quartzite qu'on les rencontrerait.

J'ai trouvé dans cette roche une veine dans laquelle le spath calcaire est mêlé à la calcédoine et l'opale et qui contient un filon très mince de sulfure de fer. Cette disposition du calcaire parait très rare dans cette localité, et pourrait bien être l'indice de quelque minerai.

L'élément calcaire n'est représenté dans ces roches volcaniques que par cette veine ; s'il y en a d'autres, elles sont encore inconnues, tandis que la calcédoine, plus ou moins mêlée à l'opale, s'y trouve en grande quantité.

Le pays n'est pas pour cela privé de chaux car des travertins, ou tufs calcaires, reposent en grande masse sur le basalte, au bord de mer et au fond des deux baies que forme le cap. Ils sont de formation bien plus récente que le terrain volcanique.

Celui-ci parait se prolonger, sur une largeur de deux à six kilomètres, jusqu'au cap de Fer qui est à sept ou huit lieu de là, du côté du couchant.

Ce district est riche de ses forêts de chêne-liège et d'oliviers, de sa proximité de la mer, et de la sûreté de sa rade. {

La meilleure preuve que l'on en puisse donner, c'est l'établissement important créé là par les Romains, et dont on voit les mines assez étendues, mais dont on ne saurait peut-être pas le non, si la carte de Peutinger ne venait l'indiquer d'une manière à peu prés certaine. Le village d'Herbillon est établi en partie sur les ruines de l'ancienne Takatua, et le nom arabe de Takouch, qui désigne le massif montagneux et le cap qui en est le prolongement dans la mer, est bien certainement un dérivé du nom romain Takatua.

 

Les ruines des bâtiments publics de cette ancienne ville gisent au-dessous de la source très abondante et très vive qui alimente le village.

Les anciens habitants devaient vivre surtout des produits des forêts, de ceux de la mer, et des transports qu'elle facilite. La rade est un port naturel aussi sûr et peut-être plus facilement abordable et plus profond que celui de Bône. Elle n'est ouverte qu'aux vents d'est.

Les forêts voisines devaient fournir des bois de construction pour les navires. Les travertins, que les Romains ont toujours employés en grande quantité dans leurs bâtiments, ne leur manquaient pas ici, et le vide immense qu'ils ont pratiqué dans cette roche indique qu'ils ont dû en amener dans les villes voisines et en faire un commerce étendu. Nul doute aussi qu'ils n'aient exploité les pierres fines que les roches volcaniques contiennent en abondance, et que celles de couleur que l'on trouve encore à présent à la surface du sol ne soient des restes négligés par eux.

Peut-être y a t'il de la témérité à supposer que le nom de Takatua vient par harmonie imitative du bruit du travail de la pierre et des coups de marteau qui troublaient alors le silence de cette localité, soit pour I'extraction des matériaux de construction, soit pour la recherche et l'ébauchage des pierres fines très estimées par les anciens Romains, et dont le commerce se centralisait à Carthage, qui en recevait non seulement des îles et des rivages de la Méditerranée, mais encore des Indes Orientales.

 

On ne trouve pas souvent une aussi grande variété de roches réunies dans un si petit espace. Si on étend les recherches quelques kilomètres du côté de l'Èdough, quatre ou cinq au plus, on rencontre toujours sur le bord de la mer des calcaires propre à la fabrication de la chaux hydraulique et du ciment, accompagnés du bois nécessaire la cuisson. Il ne manque là que le savoir et les capitaux. Ce qu'il y a de singulier, c'est que le savoir parait manquer là où il a le plus la prétention d'exister. On fait fabriquer à grands frais des pavés avec de gros cailloux roulés, en granite de Takouch, qui n'est autre que cette diorite dont j'ai parlé plus haut. En employant au même usage le basalte prismatique qui est sur le bord de la mer, on aurait des pavés au moins aussi durs, de forme irrégulière, il est vrai, mais sans autre travail que celui de l'extraction, et par conséquent à meilleur marché ; mais il faudrait s'en occuper, c'est là seulement que gît la difficulté.

 

Ce basalte est pour les constructions une richesse délaissée jusqu'à présent. Les parties altérées en couches concentriques forment une sorte de wacke, sable assez facile à désagréger avec la pioche, et qui donne avec la chaux un meilleur mortier que le sable de mer. Je ne doute pas qu'on ne rencontre la pouzzolane dans ces terrains volcaniques dont l'altération en certaines parties a rendu les roches les plus dures, basalte ou diorite, très friables.

 

C'est dans une veine de basalte désagrégée, vidée par les effort continus de la mer, sur laquelle elle est ouverte, que la grotte de Takouch parait avoir été pratiquée.

Le travail de la mer a. peut-être été aidé par les eaux douces d'une source actuellement assez faible, mais qui a dû être bien plus forte et a déposé des stalactites dont il .ne reste que quelques rares vestiges sur le sol et qui ne peuvent guère s'expliquer autrement, car tout est basalte dur ou wacke autour de ce gouffre remarquable.

Le visiteur qui ose se hasarder est surpris par une musique inattendue qu'il trouverait charmante .si les baisers possibles des musiciennes ne venaient le préoccuper désagréablement. Les virtuoses sont des chauves souris qui, effrayées par les lumières dont les visiteurs doivent se pourvoir, produisent par leurs cris un gazouillement sans fin, et viennent parfois, dans leur vol désordonné, effleurer de leurs ailes le visage des importuns.

 

Au reste, ces charmantes bestioles ont bon caractère et vivent en bonne relation de voisinage avec les pigeons qui habitent l'entrée de la grotte, et avec les aigles .et les vautours qui nichent sur les prismes de basalte, à l'extérieur. Chacun vit et se reproduit à son aise. Les chauves-souris tapissent le plafond de la grotte et y sont en nombre incalculable. Les pigeons ont moins de place à leur service. Il n'y en a que quelques centaines, et il ne parait pas que l'on puisse compter les aigles et les vautours autrement que par dizaine de paires.

Cette grotte dans laquelle on a très gratuitement supposé un trésor caché, et que les Arabes appellent Grotte de l'Aigle, est assez étendue. Elle peut avoir cent et quelques mètres de longueur sur de trois à mètres de largeur.

Elle a été, certainement, le théâtre d'événements tragiques qui ont peut-être laissé leurs traces sur ses parois

Vers le milieu de la longueur, au point où l'on débarque, les parois et le sol ont leurs surfaces vitrifiées à tel point qu'il faut de la précaution pour ne pas glisser, en débarquant, sur la surface polie et arrondie de la roche, et tomber à la mer. Cette vitrification, qui a peut-être été aidée par la présence du calcaire, ne parait pas due à une action volcanique, mais bien un foyer qui a été restreint dans son effet. Aurait-il été allumé par la main d'hommes attaquant et voulant réduire par le feu leurs ennemis qui s'étaient réfugiés dans cet antre obscur? Toutes les suppositions sont permises.

On ne peut y pénétrer que par une mer très calme, surtout à cause d'un écueil fleur d'eau, très pointu, qui se trouve à I'entrée, et qu'il faut éviter, ce qui est difficile avec une mer agitée même légèrement.

En pratiquant une galerie, qui ne serait pas très difficile à faire dans la roche sableuse qui est derrière la montagne, on pourrait pénétrer par la terre dans cette grotte. Ce travail ne se fera sans doute jamais. II enlèverait d'ailleurs le mérite de cette visite difficile qu'une seule dame ait osé faire jusqu'à présent.

Les basaltes ont la cassure grenue, de couleur grise plus ou moins foncée. Si on les expose à une chaleur suffisante pour les fondre, ils donnent un verre noir, opaque, très brillant. L'essai en a été fait par hasard dans un four chaux. On n'a pas encore trouvé de péridot. Il n'est pas dit qu'on n'en rencontrera pas.

En revanche, les pierres fines du genre siliceux existent en abondance, soit dans les trachytes, soit dans les terres jaunes qui accompagnent .les roches serpentineuses.

 

On voit, dans les premiers, les calcédoines en plaques ou en rognons, dont beaucoup affectent la forme d'un culot, ou plutôt d'une larme qui aurait été déposé sur un plan incliné quand la matière avait la consistance dé sirop épais, ce qui lui a permis de prendre l'empreinte des graviers sur lesquels les larmes se posaient. Ces rognons varient en grosseur depuis celle d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'un œuf de poule. Beaucoup d'entre eux sont creux et finement cristallisés à l'intérieur. Ils sont souvent entourés d'opale, et généralement de couleurs claires, blanches, tirant légèrement sur le bleu, le violet ou le vert, ce qui dans l'origine de nos recherches, a fait dire à notre ami et vice-président, dans son Essai de catalogue minéralogique, au sujet de la rareté des agates algériennes, " qu'on ne trouverait pas d'agates très colorées en Algérie. " Ceci est devenu une erreur, car j'ai rencontré depuis longtemps des agates et des onyx rouges, roses, jaunes, violets et verts, de couleurs très vives.

N'ayant pas fait de fouilles jusqu'à présent, par suite de l'opposition inexplicable de la préfecture de Constantine je n'ai pu en récolter de grandes quantités. Plusieurs des échantillons que j'ai ramassés sont uniques. Les pierres de couleurs vives sont toutes dans le même terrain jaune, près de ce que je prends pour des serpentines. Elles ont, dans ce gisement, une apparence de dureté de et de finesse qui leur donne une qualité bien supérieure à celles trouvées dans le trachyte. On pourra y rencontrer des opales dures, dites orientales, puisque dans les pierres que j'ai fait tailler, il en a quelques-unes qui présentent des parties irisées.

 

Les Romains ont exploité toutes ces pierres, et ont enlevé ce qu'il y avait de mieux. La mer, avant eux, ayant englouti presque tous les conglomérats basaltiques et trachytiques, en a emporté plus encore qui sont réservés pour les âges futurs.

Les terrains volcaniques qu'on peut observer de Takouch au cap de Fer ont, sans doute, une surface bien restreinte en comparaison de celle qui est immergée. II n'est resté hors de la mer que des rochers trop solides. Les débris sont rares à la surface accessible aux recherches. Tout porte à penser que le foyer principal de ces terrains volcaniques est sous les eaux, et on ne trouve quelques débris que dans les cailloux roulés que présentent certaines plages très peu étendues.

Les espèces siliceuses anhydres rencontrées par moi comprennent les calcédoines, les cornalines, les sardoines, les .onyx de diverses couleurs, enfin, un grand nombre de variétés d'agates. Cependant, l'héliotrope, ou le rouge mêlé au vert, n'y a pas été vu. Mais chacune de ces couleurs s'y trouve isolée.

 

Le genre siliceux hydraté, appelé opale, est assez abondamment représenté, surtout en tenant compte des surfaces assez restreintes de terrain où il se rencontre.

On sait que l'opale, plus ou moins translucide, à la cassure résineuse, c'est à dire conchoïde, très brillante, et d'un poli que le poli artificiel n'égale pas toujours. Ces cassures présentent souvent des esquilles formant un angle très aigu, qui restent attachées à la pierre par le coté le plus épais. Ces esquilles, regardées au soleil avec une loupe, et tournées du côté convenable, présentent toutes les couleurs de l'arc en ciel disposées par bandes assez régulières. II faut que l'opale soit bien opaque pour ne pas posséder ce caractère. J'ai ramassé au moins une quinzaine de variétés de ces pierres, de couleurs diverses. Un seul morceau, un peu moins gros que le poing, contenait cinq ou six colorations différentes : le blanc, le bleu, le nankin, le rose et le bleu foncé s'y voyaient avec des dégradations de teintes d'une couleur à l'autre. Je dois dire que je n'ai trouvé que cinq ou six variétés en quantité assez: grande. Dans ce genre, comme dans celui d'agate, beaucoup d'échantillons sont uniques.

 

Je crois être sur la trace de l'opale irisée, qui seule a de la valeur; .mais je ne l'ai pas encore vue. J'ai étudié ces pierres avec l'attrait que leur donnait pour moi la nouveauté, et je suis arrivé à en iriser, il est vrai faiblement, une certaine variété.

Il m'a semblé que les opales gisant dans les roches volcaniques de Takouch pouvaient comporter un classement en quatre genres que je distinguerai par la dureté de la roche dans laquelle elles se rencontrent, et qui, certainement, sont différentes par la quantité d'eau qu'elles contiennent et que la chaleur à laquelle elles ont été exposées après leur formation leur a permis de conserver.

Le premier genre existe dans un quartzite fin et très dur gisant sous les trachytes. Il se rapproche beaucoup de l'opale dite du Mexique et varie en couleurs, du bleu presque transparent au jaune plus ou moins foncé ou translucide, et au blanc opaque.

Je n'en ai encore trouvé qu'une pierre dans laquelle l'opale est empâtée et en petites veines très fendues. Cette variété, après sa formation, a du être soumise à une grande chaleur que le quartzite a subie. La pâte en est compacte, très fine, et la cassure très brillante. Elle donne des feux rouges et jaunes.

Le second genre accompagne les roches que j'ai prises pour des serpentines, et qui sont assez tendres. Les échantillons trouvés sont en morceaux plus grands que les précédents, à cassure très polie et douce au toucher, souvent d'un blanc tout fait opaque, avec de petites parties presque transparentes, pâte très fine, donnant des feux comme le précédent.

Le troisième gît dans les trachytes avec les calcédoines, auxquelles l'opale est souvent adhérente. Elle existe en assez grande quantité. Elle parait avoir été déposée, formée avec la calcédoine et le trachyte lui-même, dans des eaux qui subissaient les effets d'une chaleur et d'une pression considérables. Elle est souvent recouverte d'une pellicule verte qui couvre également aussi la calcédoine. Sa couleur est le blanc plus ou moins bleuâtre.

 

La pâte ne parait pas aussi fine que celle des genres précédents. La translucidité est la même. La cassure est moins brillante; elle n'est pas lisse ni douce au toucher.

Ce genre n'a probablement pas subi de modification depuis sa formation et ne donne que peu ou pas de feux.

La quatrième variété contient toute l'eau que l'opale peut contenir en sortant du sol. Elle ne paraît avoir subi aucune modification depuis sa formation. Elle est finement arborescente dans quelques parties. Elle se trouve dans une roche siliceuse, tendre jusqu'à être terreuse, et de couleur jaune. Quand on l'extrait, elle est d'un jaune verdâtre qui ne présente rien d'agréable. Elle a des parties opaques et plus ou moins translucides, jusqu'à la transparence ; par couches qui se fondent entre elles. Les parties translucides, séparées des autres, prennent une couleur opaline, agréable à l'oeil par une longue exposition à l'air, et donnent alors des feux rouges tirant sur le jaune, mais bien moins forts que dans les deux premières variétés.

En séchant, elle perd de sa transparence par l'exposition à une douce chaleur. Elle blanchit et devient opaque; mais en la mettant dans l'eau pendant quelques jours, elle reprend sa translucidité. Elle est donc hydrophane, mais cette propriété ne se manifeste pas rapidement. Ce sont des pierres de cette variété que j'ai pu iriser artificiellement. Elles contiennent du sulfure de fer dont la décomposition a souvent coloré les fentes en rouge, et a produit les arborisations qu'on y voit. J'ai trouvé une veine de ce genre ; la pâte en est fine, à cassure lisse ou ondulée, plus ou moins brillante.

 

À la vue d'une pierre brute, chacun de ces quatre genres d'opale pourra être facilement reconnu par les caractères que j'ai indiqués. Mais le travail peut tellement modifier ces pierres, qu'il sera souvent difficile de les reconnaître après la taille.

On sait qu'en Allemagne on teint les agates et qu'on leur fait prendre diverses couleurs en les trempant dans l'huile et dans diverses matières colorantes auxquelles on peut faire subir des réactions chimiques qui leur donnent une coloration très .vive et très solide. On a traité certains genres d'opale de la même manière, ce qui a fait dire à quelques auteurs que l'opale brûlée ou traitée par l'acide sulfurique devient noire. Cela n'est vrai que pour celles qui ont été trempées dans un liquide contenant du carbone qui les a pénétrées.

Les opales naturelles, brûlées par le feu ou l'acide sulfurique, deviennent blanches opaques, et si les plus belles trouvent dans des roches dures qui ont été soumises à une chaleur énorme, dans lesquelles certaines parties ont conservé leur transparence, c'est que cette chaleur a été accompagnée d'une pression tellement forte que nous pouvons à peine nous en rendre compte, et que cette pression a retenu dans l'opale qui s'y trouvait exposée l'eau d'interposition. J'ai assez étudié ce genre de pierre pour pouvoir dire que l'irisation des opales, ou du moins un certain genre d'irisation, est due à la position relative de trois surfaces polies et brillantes, dont deux sont juxtaposées, et la troisième, celle par laquelle la lumière parait pénétrer, et surtout être transmise à l'oeil, est légèrement inclinée sur les deux autres. C'est l'effet du prisme de glace qui serait traversé en retour par la lumière décomposée qu'il produit et qui serait réfléchie par une surface polie placée derrière et contre lui.

Les quartz hyalins, fendus de la même manière, produisent le même effet. Autrefois, sous Louis XV, on les désignait sous le nom d'iris et on les montait en bijoux qui faisaient presque autant d'effet que le diamant. La mode en est tombée, parce qu'on peut les produire artificiellement avec facilité. On trouve de très beaux iris naturels dans l'Édough.

L'irisation des opales des joailliers, qui a un caractère particulier, pourrait bien être produite par une très fine texture sphérique au polyédrique de certaines variétés de ces pierres.

1876



09/11/2010
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